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L’ordre de Grandmont et ses trésors

Situé à 28 kilomètres de Limoges, sur la commune de Saint-Sylvestre, le village de Grandmont est niché au cœur des Monts d’Ambazac, au pied du Puy de Sauvagnac, qui culmine à 702 mètres. Petit village typique du Limousin qui a su garder le caractère de ses vieilles maisons en belles pierres de granit et qui ne laisse deviner son intérêt historique qu’au visiteur curieux. Pendant sept siècles, Grandmont a été le centre d’un ordre religieux prestigieux et d’une abbaye rayonnante, maintenant démantelée.

L’histoire de l’abbaye de Grandmont

La fondation

Vers 1076, le fondateur spirituel de l’Ordre de Grandmont, Étienne, probablement issu d’une famille noble auvergnate, se retire au Grand Muret sur la commune d’Ambazac, pour y mener, en ermite, une vie de contemplation dévouée à Dieu. Au fil du temps, il se forme autour de lui une petite communauté qui sera le noyau de l’Ordre de Grandmont. 

Peu de temps après sa mort en 1124, ses disciples décident de s’installer à Grandmont sur un plateau sauvage, à une douzaine de kilomètres du Grand Muret. Des frères sont envoyés pour aménager le site et les nouveaux bâtiments. En juin 1125, la communauté quitte le Grand Muret pour le site de Grandmont.

L’extension

La renommée de Grandmont va s’accroître tout au long du XIIe siècle avec, entre autres, le développement d’un pèlerinage autour des reliques d’Étienne et la construction d’une nouvelle église. L’Ordre de Grandmont va rapidement s’étendre : plus d’une centaine de maisons sera créée en moins d’un siècle.

L’empreinte Plantagenêt 

Un grand prince : Henri II Plantagenêt, qui devient en 1154 roi d’Angleterre, va marquer durablement le lieu. Il agit en bienfaiteur du monastère. Il souhaite y être inhumé et finance de grands travaux.

Le site est totalement réaménagé : un nouveau complexe monastique voit le jour et, en 1166, la nouvelle église est consacrée. Avec la présence Plantagenêt, le monastère devient un centre politique.

Tensions et mutations

Grandmont va bénéficier de la protection et des largesses des rois et des princes, ce qui contribuera à l’enrichissement du trésor. Toutefois dès la fin du XIIe siècle, des dissensions internes entre les clercs et les convers (laïcs) perturbent le bon fonctionnement de la communauté.

En 1317, à la suite de ces crises, le pape Jean XXII transforme le monastère en abbaye bénédictine. Dans la seconde moitié du XIVe siècle et au XVIe siècle, l’abbaye subit plusieurs séries d’occupations qui entraînent d’importantes destructions de bâtiments. Tout d’abord elle est occupée par les troupes françaises, puis anglaises, pendant la guerre de Cent Ans et successivement par les catholiques et les protestants, durant les guerres de Religion.

Suppression de l’Ordre

Malgré la réparation des bâtiments dans la première moitié du XVIIe siècle, l’état de l’abbaye est considéré comme préoccupant un siècle plus tard. Entre 1732 et 1768, une nouvelle église est édifiée ainsi que des bâtiments conventuels. Il s’agit d’une reconstruction d’envergure alors que les finances sont mauvaises et la communauté religieuse réduite à une dizaine de membres.

En 1772, l’ordre est supprimé, mais l’abbé, avec quelques religieux, occupe l’abbaye jusqu’à sa mort. A partir de 1789, les services de l’évêché de Limoges se chargent de la liquidation de l’ensemble des biens.

Les habitants de Grandmont furent autorisés à prélever les pierres nécessaires à la construction d’une petite chapelle. Cette chapelle est dédiée à Saint Jean-Baptiste, patron des ermites. Elle fut inaugurée le 15 juin 1825, en présence du dernier grandmontain survivant : Dom Pierre Vergnaud (1747-1827).

Et ses trésors…

Église saint Antoine – Ambazac

Châsse-reliquaire

Ce coffre dans lequel étaient conservés les reliques de Saint Macaire et de Saint Étienne de Muret a été réalisé au XIIe siècle. La châsse fut vraisemblablement offerte par le roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine, Henri II Plantagenêt à l’abbaye de Grandmont. Elle est l’une des plus grandes châsses de cuivre et d’émail champlevé de cette époque conservée en France.

Dalmatique

Elle désigne le vêtement des diacres. Selon la légende, elle aurait été donnée à Étienne de Muret par Mathilde, femme de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Henri V et petite fille de Guillaume le Conquérant à l’occasion de la naissance de Geoffroy Plantagenêt vers 1134. Cependant des historiens attribuent des origines hispano-mauresques de la fin du XIIIe siècle. Il semblerait que cette dalmatique fut remise en offrande à l’abbaye de Grandmont par un riche pèlerin.

Église de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste –
Les Billanges

Le bras reliquaire de saint Félicien

Daté du XIIIe siècle, il est composé de bois et est recouvert de plaques d’argent repoussé. Trois bandeaux d’argent filigrané doré sont agrémentés de pierres semi-précieuses. L’avers est aménagé d’une porte fixée par des charnières et l’intérieur referme des reliques enveloppées d’un tissu rouge.

Église saint Sylvestre – Saint-Sylvestre

Buste reliquaire

Cette pièce d’orfèvrerie réalisée en argent, représente le saint fondateur de l’ordre de Grandmont. Le buste vêtu du costume de diacre a été offert en 1496 par le cardinal Guillaume Briçonnet à l’abbaye de Grandmont dont il fut le onzième abbé. Le chef en argent pourrait être attribué à un atelier toscan (Italie).

Reliquaire de saint Amand et de saint Junien

D’après l’inscription portée il a été commandé par Pierre de Montvalier, chanoine de Saint-Junien, qui l’aurait offert à l’abbaye de Grandmont en 1255. Le reliquaire était couronné par une figure en ronde bosse de saint Junien, qui manquait déjà en 1790.

La SASSAG

L’association dite « Société des Amis de Saint-Sylvestre et de l’Abbaye de Grandmont » a été fondée en 1934.

Elle a pour but de veiller sur les richesses architecturales, archéologiques et artistiques de Saint-Sylvestre, de faire connaître l’histoire de l’abbaye de Grandmont et de l’ordre du même nom, de rechercher des vestiges, d’effectuer des fouilles, de recueillir et de protéger tout document, témoignage, en vue de les sauvegarder et de les valoriser.

Des visites sont organisées toute l’année sur demande. Depuis 2013, à l’initiative de la SASSAG et sous l’égide du Professeur Ph. Racinet de l’Université de Picardie Jules Verne, un chantier de fouilles est programmé chaque été au mois de juillet et des visites sont organisées durant cette période.